Indika est un jeu majoritairement narratif même s'il contient aussi des sortes de puzzles et des séquences de plateformes. Mais il est surtout l'un des jeux les plus atypiques de l'année dernière.
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Indika est une nonne qui vit dans un couvent situé au milieu d'une campagne enneigée. Elle ne semble pas particulièrement appréciée par ses soeurs. Et pour illustrer ça, le jeu débute par l'une des séquences les plus lentes que j'ai pu subir dans un jeu vidéo. Après avoir été renvoyée d'une cérémonie religieuse, une soeur lui commande d'aller chercher de l'eau au puits. On dirige donc Indika qui s'avance pas à pas, son seau à la main. On est ensuite invités à actionner la manivelle qui fait doucement descendre le sceau dans le puits, puis on le remonte... Et on ramène l'eau dans un tonneau. Après avoir versé celle-ci, un message apparait à l'écran : "1/5". Vous voulez dire que je vais devoir refaire ça 4 fois ? Vous êtes sérieux ?
Oui, ils sont sérieux. Ce jeu n'a pas peur de nous déstabiliser avec ses idées de gameplay et il s'amuse fréquemment à pervertir les conventions du genre. On pourrait par exemple citer ces textes en pixel art qui nous signalent que l'on vient de démarrer une nouvelle quête, ce qui parait un peu hors sujet dans un jeu narratif, vous en conviendrez. Dans le même esprit, un petit compteur de points, lui aussi en pixel art, est présent durant tout le jeu en haut de l'écran. Il est particulièrement disgracieux au milieu de ces graphismes froids et réalistes. La musique n'est pas en reste et est souvent très hors sujet, venant rajouter sa dose de malaise.
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D'ailleurs, après avoir fini de remplir le tonneau, on assiste à une scène complètement hallucinante dans laquelle un homme en pyjama sort de la bouche de la mère supérieure. Le ton est donné, ce jeu va comporter son lot de délires absurdes. Pour sa part, Indika est récompensée pour ses débordements pendant la messe par une mission qui l'amène en dehors des murs. Même si elle ne veut pas se l'avouer, c'est une délivrance pour Indika de trouver un peu de liberté. Et nous le ressentons, car on a enfin la possibilité de courir ! Cependant, c'est aussi le début d'un périple qui va nous plonger dans une atmosphère perturbante et oppressante.
L'histoire est puissante et les personnages sont originaux. Je ne sais pas si on peut dire qu'ils sont attachants, mais j'ai eu de l'empathie pour eux et j'avais constamment peur de ce qui risquait de leur arriver. Je ne vais pas en dévoiler plus et je vais vous laisser découvrir tout ça si ça vous intéresse. En revanche, je voudrais évoquer l'univers incroyable du jeu. On y traverse une Russie alternative du siècle dernier. Le monde est étrange, déformé et les surprises sont omniprésentes dans le décor. Parfois, on croise des machines farfelues et gigantesques, et d'autres fois, des bâtiments ou objets de tailles démesurées et absurdes.
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Le gameplay est pour le moins déstabilisant. C'est un peu l'inverse d'un Hellblade 2 par exemple. Alors que ce dernier était sage et alternait les mêmes séquences fades, Indika essaye sans arrêt de nous proposer des idées nouvelles. Même si elles sont simples, elles sont toujours intrigantes et surtout, elles ne sont (presque) jamais réutilisées. Parfois, elles sortent un peu de nulle part et elles nous donnent juste une petite énigme à résoudre entre 2 dialogues. D'autres fois, elles servent à créer des parallèles avec le thème principal, la religion...
Pour illustrer ça, revenons à notre compteur de points en pixel art. Ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'ils représentent des "points de foi". Indika est torturée et cherche à devenir plus pieuse pour apaiser sa conscience. Un peu partout, on a l'occasion d'accomplir de petits rituels permettant de gagner des points. Pourtant, chaque écran de chargement nous rappellent qu'ils ne servent absolument à rien. Subtil ? Pas forcément, mais c'est une utilisation très maline du besoin irrésistible qu'on les joueur et joueuses de tout ramasser. Indika utilise donc des mécaniques de jeu vidéo pour critiquer la religion. Les actions qui rapportent des points sont systématiquement performatives, comme allumer des bougies ou collecter des textes saints. D'ailleurs, aider quelqu’un ne rapportera jamais de points…
Généralement, la religion est l'un des sujets tabous par excellence. Indika se jette dedans à fond et n'hésite pas à se mouiller. Le jeu questionne les croyances, aborde les thèmes de la foi, de la culpabilité et du doute. On sent que les créateurs étaient concernés et avaient très envie de traiter ce sujet. C'est une petite équipe qui l'a réalisé et un très grand soin a été apporté pour raconter cette histoire. C'est beau, suffisamment prenant et bien doublé. Toutefois, certains passages peuvent être difficiles et dérangeants. Il y a notamment des scènes où des violences sexuelles sont impliquées. Je ne le recommanderai pas forcément à tout le monde. En tout cas, il a eu un impact sur moi et c'est probablement mon jeu le plus marquant de l'année 2024.
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Conclusion
Quand on pense au jeu vidéo comme support artistique, on évoque souvent des jeux universellement appréciés, comme Journey ou Shadow of the Colossus. Indika choisit un autre chemin et il fait partie des oeuvres qui dérangent, qui mettent mal à l'aise, qui divisent.
Pour ma part, j'ai adoré ce jeu. Indika dure à peine 4 heures, mais sans se presser, il parvient à proposer beaucoup de passages marquants et il m'a laissé une forte impression.
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